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La vie continue, malgré tout

Série photographique documentaire en lien avec la situation historique du Covid19




Ce projet, c’est celui d’une artiste qui adore son métier, et qui depuis la Covid19 ne peut plus le pratiquer.

C’est quand on a plus ce "petit quelque chose" dans sa vie, ce qu’on a pris pour acquis, qu’on se rend compte à quel point ça a pris de la place, à quel point c’est important, à quel point ça me permettait de trouver un équilibre.

J’en suis pas à mon premier sommet de montagne à randonner ; et les crises finissent toujours, finalement, par me rendre plus forte.

Ce projet photo, « la vie continue, malgré tout » est venu pour me renforcer, et apporter du positif à la communauté, autant que je peux, malgré toute la tempête qui nous entoure.

À travers mon écran, j’ai décidé de photographier des personnes de ma communauté, des ami.e.s, des personnes que j’aime, que j’admire, des personnes que j’aurais aimé rencontrer et connaitre en « vrai », des personnes que je ne connaissais pas vraiment aussi.

Je suis nouvelle arrivante en Gaspésie, je commençais à peine à me faire des ami.e.s.

Éternelle « nomade », j’ai jamais pu, su, me poser et construire quelque chose.

Je vagabondais, en quête d’une terre, que je pouvais appeler à nouveau « chez moi », et j’atterris ici, en Gaspésie.

Ce projet veut briser les tabous de la distance sociale entre les gens, avant la covid19 même, je sentais toujours une certaine distance entre les gens, une distance mentale.

« Il ne faut pas dire ça, il ne faut pas se comporter comme ça, bien maitriser ses émotions, pas trop être tactiles, pas trop dire le fond de ses pensées non plus, ne pas être trop extrême de peur d’être mal vu, marcher droit, le plus qu’on peut ».


Bref, une certaine pression qu’on se met, que la société nous met, une distance par rapport à nous même s’est créé et par conséquence, une distance vis à vis des autres, un manque de confiance, la peur d’avoir mal et de faire mal.


Alors j’ai décidé de « skyper », de leur parler de moi, de sujets intimes, de me livrer, à toutes ces personnes là, si loin et pourtant si proches.

Pendant ce skype, je les prend en photo, et je questionne par la même occasion notre rapport à la technologie, la connexion, et tous ces écrans à l’intérieur des écrans.

Je ne sors pas de chez moi, je ne dépense pas de gaz, je ne pollue pas l’environnement.

De chez moi, je fais un projet artistique pour faire du bien et me faire du bien.

Sans bouger de ma chaise, je ne mets personne en danger.

On discute, on se serre les coudes, on se divertit.

J’ai envie de me souvenir de cette période, comme une période utopique, où la générosité a pris toute la place.

Pour me rappeler que c’est encore correct, en 2020, d’être une idéaliste.

Après chaque rencontre virtuelle, j’écris un texte.



Voici mon amie Marion, résidente permanente canadienne, « confinée » en France :



Marion c’est mon amie, je l’aime tellement. 

Marion est rousse, et j’adore regarder ses tâches de rousseur.  Quand on s’est skypé, je me suis rendue compte qu’elle existait toujours sous mes yeux, et que je pouvais à nouveau lui parler et faire comme si de rien était. Marion est bloquée en France, ça fait longtemps qu’elle vit au Québec, un peu comme moi, et là elle est prise dans sa chambre d’enfance, avec ses parents. Elle fait du trie qu’elle me dit, et elle prend soin d’elle. On s’est montré nos ongles vernis, on avait jamais vraiment fait ça avant.



La plupart du temps on est dans l’action et on va bien là on le vent nous mène.

Là on est loin, elle là bas et moi ici, et pourtant je ressens plein d’amour à distance.

J’adore la regarder et l’entendre parler.

Elle est toujours aussi belle, quoiqu’il arrive.

Marion, c’est ma modèle préférée, elle a posé nu pour moi et elle embarque toujours dans mes folies.

On s’est rencontré autour d’une bière, et c’est pas si étonnant que ça si vous la connaissez.

Elle me dit qu’elle s’est même occupée de ses orteils, ce à quoi je lui ai répondu que les miens étaient toujours aussi puants !



J’ai hâte de la revoir ici, et qu’elle vienne me voir en Gaspésie.

Longue vie à notre amitié belle rousse !


Texte de Marion :



En ce moment pour moi, ce sont mes vacances.

Partie du Québec depuis le 4 mars, je venais profiter du soleil des îles Canaries et passer du temps avec les gens que j'aime qui sont trop loin de moi la plupart du temps.


Alors oui pendant 10 jours ça a fonctionné mais après...j'ai du rebondir.

Coincée à Lanzarote, j'ai réussi à rejoindre Paris puis finalement depuis maintenant 16 jours je suis chez mes parents dans la maison où j'ai passé ma jeunesse.

Impossible pour moi de sortir pendant 14 jours comme j'avais voyagé.

Je n'écrirai pas un roman mais pour moi ça a été pesant de savoir que je ne pourrais voir personne d'autre a priori...et que je sois si près d'eux ça rend ça pire encore.


Il faut ensuite relativiser et voir que je suis crissement pourrie gâtée! Une maison, un jardin, des parents aimants, 3 repas (délicieux) par jour, tout à disposition – mes souvenirs, des livres, des films, du bricolage...


Il y en a qui voit une aliénation plus grande avec les écrans, moi je vis surement plus quelque chose qui ressemble à une « retraite ». Je me suis mise sur pause, moi celle qui a tellement besoin de sortir voir du monde et faire 1000 activités par semaine. Je vois que l'on peut trouver aussi un bien être en n'ayant pas un choix infini.

Comme pour bien des choses il faut relativiser et retourner à ce dont on a vraiment besoin.




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